Le Burnout, cette incroyable opportunité

Aujourd’hui, le syndrome de l’épuisement professionnel est un terme utilisé fréquemment pour dénoncer une situation de stress insoutenable dans le cadre du travail. C’est un état dépressif grave qui peut entraîner des séquelles irréversibles et donc quelque chose de sérieux qu’il ne faut pas minimiser. C’est d’ailleurs un sujet plus qu’actuel avec les affaires France Telecom dont il n’est pas question ici de remettre en cause les effets néfastes du stress au travail. Le titre de cet article est volontairement provocateur mais, avant de raconter mon histoire personnelle, je soutiens de tout cœur les professionnels qui sont en état d’épuisement et ne minimise en aucun cas les dégâts de leur situation. Je souhaite simplement décrire comment un burnout a apporté du positif dans ma vie.

Comme tout bon article qui se respecte, commençons par parler un peu de théorie avant de rentrer dans le témoignage personnel. Cette dépression a récemment été reconnue en France comme une maladie professionnelle et des milliers d’articles y sont dédiés sur internet. La première fois que le terme d’épuisement professionnel a été utilisé, il concernait les professionnels de santé aux Etats unis et plus précisément les services pour toxicomanes. Le Burnout correspond à l’épuisement émotionnel, au craquage du professionnel face au stress, au cynisme, à une trop forte implication ne produisant pas les effets attendus, bref à une surimplication du professionnel dans son activité. Le terme « Burnout » représente en anglais une métaphore efficace puisque, dans sa traduction, elle signifie consumer, brûler et c’est précisément cet effet que ressentent les personnes touchées. Les psychanalystes et thérapeutes Herbet Freudengerber et Geraldine Richelson définissent cet état en 1980 de la façon suivante :

« Un état de fatigue chronique, de dépression et de frustration apporté par la dévotion à une cause, un mode de vie, ou une relation, qui échoue à produire les récompenses attendues et conduit en fin de compte à diminuer l’implication et l’accomplissement du travail. »

Herbet J. Freudenberger & Geraldine Richelson, « Burnout: The High Cost of High Achievement»

Notez la dame derrière qui se marre, la mécréante

À partir de cet instant, si vous n’aviez jamais lu d’article sur le burnout, vous comprenez que nous pouvons tous être atteints par cette dépression dans le domaine professionnel ou de façon plus générale dans la vie de tous les jours. Nous commençons d’ailleurs aujourd’hui à parler du burnout écologique qui fera peut-être l’objet d’un autre article. C’est grâce aux travaux de la chercheuse Christina Maslach que le concept s’imposera aux Etat unis et elle sera la première à publier des études sur les effets du burnout sur la santé. Elle démontrera les manifestations physiques et psychiques de cet état sur les personnes atteintes : l’absentéisme, les problèmes intestinaux, les insomnies, les maux de tête, les conflits conjugaux, le suicide…

Des recherches, des essais et des observations, il en existe des centaines, des définitions des dizaines. L’approche qui correspondra le mieux à ce que j’ai personnellement traversé sera la suivante :

« Un état d’épuisement physique, émotionnel et mental causé par l’implication à long terme dans des situations qui sont exigeantes émotionnellement ».

Eliot Aronso & Ayaloa Pines, « Carrer Burnout: Causes and Cures »

Certains de mes anciens collègues diront que j’exagère et que la situation aurait pu être pire, que j’aurais pu avoir des enfants (cette remarque m’exaspère), que je n’étais pas responsable ou directrice et que l’on ne demandait pas autant de résultats que ce que je laisse croire dans cet article. Certains diront que je jette la pierre à mon ancien employeur et que j’incrimine mes anciennes responsables mais bien au contraire car je rédige cet article dans l’objectif d’expliquer comment mon burnout a été une superbe opportunité personnelle pour apprendre à me connaitre et surtout comprendre la professionnelle que je veux devenir.

Il faudra attendre les années 2000 pour qu’on commence à discuter sérieusement du sujet en France et qu’on comprenne qu’il s’agit d’un vrai état dépressif, d’une vraie maladie. Toutes les approches et études conviennent que le syndrome s’installe en quatre phases chez la personne atteinte. 

1. « La phase d’alarme : le stress persistant cause l’apparition de réactions caractéristiques indiquant la présence de stresseurs. »

Le lundi matin 10h00

Oui, vous reconnaissez cet état, vous savez, c’est quand vous commencez à agiter vos jambes en réunion, que vous commencez à vous rongez les ongles, à avoir mal au ventre le matin et la tête dans un étau le soir, que vous commencez à être sérieusement agacé par les remarques de votre collègue et que les emails arrivent plus vite que vous n’avez le temps de les traiter. Quand on commence à recevoir 400 emails par jour, qui vous sont personnellement adressés et à traiter, on commence à sentir arriver doucement la petite boule dans le ventre. À cet instant, vous vous dites qu’on est alors tous en Burnout (et vous n’avez pas forcement tort, je crois personnellement qu’à Paris notamment, nous sommes tous en Burnout).

2. « La phase de résistance : les stresseurs persistent malgré la disparition physique des réactions caractéristiques de la phase d’alarme, le métabolisme s’adapte à la situation et le corps devient plus résistant. »

À cet instant, on regagne en énergie, on est vif et performant, on est endurant et on se croit invincible. On est bon, on travaille bien et on réussit ce qu’on entreprend, on traite les 400 mails par jour. Bon ok, on reste une ou deux heures de plus par jour mais bon, notre corps s’est adapté à nos stresseurs et à nos six cafés de la journée. Le burnout ? Trop peu pour moi.

3.  « La phase de rupture : l’exposition continue aux stresseurs crée une rupture entraînant la réapparition des réactions caractéristiques de la phase d’alarme tout en les rendant irréversibles sans traitement approprié »

La rupture, pas le film hein

À cette phase, on commence à comprendre que la situation n’est pas normale. On commence à sentir l’énergie s’épuiser, on se lève plus difficilement le matin, on a plus de difficulté à terminer cette analyse urgente qu’on nous avait demandé, on a les yeux qui brûlent à la fin de la journée et les cafés sont devenus le seul instant où on respire quelques minutes. Le soir quand on rentre, on explique à son conjoint/sa conjointe qu’on est fatigué et qu’on n’a pas envie de préparer à manger, ou faire la lessive. Dans mon cas, on fait des crises de boulimie et on se jette sur un Macdo bien gras, parce que c’est facile, c’est tout prêt et que, de toute façon, il est trop tard pour trouver l’énergie de faire un bon repas. On se couche fatigué en réfléchissant à comment commencer son email si tendu que l’on doit faire sur ce sujet si sensible.

4.  « La phase d’épuisement : les défenses psychologiques du patient sont déréglées, il se rend donc émotionnellement invalide et vit dans une perpétuelle angoisse. »

Et là, c’est le drame ! On se rend dingue pour une virgule en trop dans son email, on a loupé de préparer ce meeting si important parce qu’on était concentré sur une autre urgence (et on vous le fait remarquer tendrement en réunion, l’histoire d’appuyer où ça fait mal). On devient désagréable et on prend ses pauses déjeuners seul à son bureau parce qu’on a trop de travail. On n’a pas le temps d’aller aux toilettes, on craque sur les passagers du RER parce qu’ils sont vraiment « trop cons » à s’arrêter en plein milieu de l’escalator de la défense, blindé à 20h (avouez, vous vous reconnaissez), que vous en voulez à votre conjoint pour les moindres petites choses, que les disputes s’enchaînent à la maison et que vous pensez que c’est sa faute à lui / à elle parce qu’il ne comprend pas votre détresse. Je sais de source sure que si vous avez des enfants, vous commencez également à être moins patient, à les disputer pour la moindre chose et que vous vous en voulez le lendemain.

Quand tu mangeais des Domac à répétition

À ceci, je rajouterais une cinquième phase, comprenant à elle seule les crises de larmes, les moments de doutes, les périodes de dépression. Celle-ci est la plus difficile si on n’a pas une épaule solide sur laquelle se reposer. On craque le soir en rentrant, on pleure parce que tel collègue vous a fait une remarque, parce que telle personne continue de débattre alors qu’elle devrait suivre vos instructions, on craque parce que tel collègue ne vous répond pas dans les 4h alors que le sujet est urgent (en oubliant que ce collègue est peut être lui-même en burnout et n’arrive pas à gérer toute sa charge). On passe par des moments de doute où on se demande pourquoi on fait ça, pourquoi on travaille à cet endroit, pourquoi on ne démissionne pas, puis on entre en dépression, on ne fait plus rien le weekend, on n’arrive plus à se motiver à faire quelque chose de divertissant et on végète dans son canapé, épuisé par sa semaine et angoissé par la nouvelle qui vient.

C’est effrayant, n’est-ce pas ? En lisant ces lignes, vous vous dites que vous êtes un peu en burnout également et que j’en fait toute une montagne ? Vous avez peut-être raison. Aujourd’hui, à cet instant je suis sortie de cet état et je me dis également que j’en fais tout un plat mais, quand on est dans l’engrenage, on ne s’en rend pas compte. Comment faire pour dégager du positif de cet expérience ? En relativisant, en prenant du recul et en acceptant les effets positifs du burnout, parce qu’il y en a malgré tout.

Cette expérience professionnelle si difficile m’ayant fait rencontré mon premier épuisement professionnel m’a également énormément appris et a fait de moi une professionnelle solide avec une résistance accrue au stress, aux situations inconfortables et aux décisions injustes. Aujourd’hui je me rends compte de l’opportunité incroyable qui m’a été offerte en sortie d’école de travailler à cette position et aux responsabilités que j’avais. La confiance que mes responsables m’ont accordée était rare et j’ai adoré mon job pendant les trois années (oui malgré les crises de larmes, j’ai adoré). J’ai également appris sur mes capacités personnelles, à me faire confiance dans mes décisions, à prendre du recul sur celles des autres et surtout à prendre conscience que rien n’est parfait et qu’il ne faut jamais être trop exigeant envers soi ou les autres. Oui, le travail, c’est la santé, c’est une vie sociale, c’est un challenge, c’est un objectif mais on ne vit pas pour travailler, ça ne doit pas être de la souffrance ni une barrière au bonheur et surtout ça ne doit pas nous emmener jusqu’à la dépression. Il faut être vigilant sur son corps et son état personnel qui ne doit en aucune cas être impacté par notre vie professionnelle. Si de votre côté, vous acceptez cette situation, c’est tant mieux mais désormais je la refuse.

Get out of my way

C’est compliqué cet épuisement, c’est difficile d’accepter que nous ne sommes finalement pas invincibles, que finalement on a des faiblesses et que nos limites sont différentes de celles des autres. Serions-nous plus faibles que notre collègue qui tient le coup alors qu’il doit gérer seul ses deux enfants le soir ? Comment dire qu’on est à bout quand tout le monde est à bout autour de soi ?

Finalement, la seule solution… c’est de partir. Il ne faut jamais accepter cette situation, ne jamais accepter de subir ce stress. Ce n’est pas parce que tout le monde est stressé qu’on doit taire sa propre douleur. Ce n’est pas parce que vous êtes jeune que vous n’avez pas le droit de vous sentir dépassé et épuisé. Et j’insiste sur ce dernier point, ce n’est pas parce que vous n’avez pas d’enfant que vous n’avez pas le droit de vous sentir dépassé et que vous devez vous taire. Vous devez faire en sorte de parler de votre souffrance avec vos responsables, vos RH, votre famille. Ne taisez jamais vos douleurs car elles vous le rendront en triple.

Prends ça, sale bête ! tu veux être heureux ? No Way.

Finalement, avec la distance, je sens que cette expérience m’a beaucoup appris et je remercie mes responsables et mes collègues sans qui je n’aurais pas réussi à mener mes missions à bien. Je réalise aujourd’hui un de mes rêves, de partir à l’étranger pour découvrir de nouvelles coutumes, de nouveaux paysages et de nouvelles façons de travailler. Actuellement je suis témoin que l’on peut travailler dans des rôles exigeants sans subir de pression et en profitant de sa vie personnelle. Le modèle professionnel néozélandais permet vraiment de se sentir bien au travail et je partage mon expérience dans cet article. Une seule certitude désormais, il n’est plus question de vivre ou travailler à Paris, de subir ce mauvais stress, de penser que pour réussir sa carrière il faut subir en serrant les dents et il n’est plus possible de continuer à vivre pour travailler et à en faire une fin en soi.

Alors finalement, le burnout a été pour moi une opportunité de découvrir ma personnalité professionnelle, mes limites personnelles et à comprendre que ma vie est plus importante que les deadlines que j’ai réussies à respecter. Si vous le souhaitez, vous pouvez partager votre expérience et vos avis sur cet article, n’hésitez pas !

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